robespierre13 Messages postés : 694  |
Posté le 06/01/2006 20:06:12 | | Lui et lui seul. En répondant aux voeux du gouvernement, de la presse, des forces vives, des corps constitués, des autorités religieuses, des soldats, des diplomates, des Corréziens et de tous les autres, bref des Français, pendant la première quinzaine de l'année, Jacques Chirac se met en scène tel qu'en lui-meme.
Tant pis pour sa majorité, si sarkozyste, qu'il prend à rebrousse-poil, tant pis pour le patronat qu'il hérisse, tant pis pour la gauche qu'il pille, tant pis pour son premier ministre qui peut bien, à son tour, s'effacer un peu. Tant pis pour les pessimistes, les extrémistes, les intolérants. Tant pis pour ceux qui l'ont cru mort. C'est ce que semble penser ce président en fin de règne, comme si la certitude de ne pas se représenter l'avait désormais libéré.
On dit parfois que, sur le tard, on revient vers sa jeunesse. "Le Chi", comme certains l'ont surnommé à droite, celui qui vendait L'Humanité à la bouche des métros, parachève un long virage vers la gauche. A la famille politique d'en face, il emprunte ses solutions pour financer le "trou de la Sécu". A la CGT, il ravit son idée de "sécurisation des parcours professionnels". A son panthéon personnel, abolitionniste de toujours, il ajoute une gloire de la gauche, en décidant de graver dans la Constitution la suppression de la peine de mort, voulue en 1981 par François Mitterrand.
Féministe, écologiste, c'est toujours à la gauche qu'il emprunte : il faut désormais accélérer la mise en place de la parité, favoriser les carburants propres et faire de la France un modèle de transparence en matière de nucléaire. Ce n'est pas une lubie de 2006. Il a voulu la loi sur l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes bientôt votée au Parlement. Et en 2005, le président avait fait avaler à contrecoeur aux députés et aux sénateurs la charte de l'environnement.
Gageons que c'est aussi le petit-fils de l'instituteur laïcard, franc-maçon et républicain qui se manifeste en tentant de restaurer l'égalité des chances. Ce n'est plus pour pousser les petits jusqu'au certificat d'études, mais pour ouvrir les voies dites royales, celles des classes préparatoires, à ceux qui ne savent même pas qu'elles existent. Ou qui n'osent pas en rêver. Là encore, un projet de la gauche. C'est sans doute dans cette catégorie que l'on pourrait ranger l'idée, que M. Chirac devait proposer, vendredi 6 janvier à Metz, d'ouvrir plus largement les portes de la fonction publique en rendant les concours moins académiques.
L'an passé, en proposant une taxe sur les billets d'avions pour financer le développement, en augmentant le smic, en poussant le microcrédit, M. Chirac ne prenait pas spécialement des mesures de droite. Lorsque, devant les drames de l'immigration qui se sont produits à Ceuta et à Melilla, il s'écrie en privé, le 25 octobre 2005 : "C'est ça ou mourir de faim. Une énorme vague est en train de se créer, qui sera incontrôlable. Alors, on va les attendre avec des mitrailleuses ? Naturellement pas ! Il y a des abus manifestes, mais les moyens coercitifs, c'est un cautère sur une jambe de bois", dit-il en fustigeant le modèle libéral où "un tout petit nombre concentre les richesses et laisse à l'extérieur un nombre croissant qui n'a rien".
En se laissant aller sur sa pente naturelle, il ne s'agit pas seulement pour M. Chirac de se faire plaisir en pensant faire du bien à la France. Il s'agit aussi de se démarquer de l'homme qui l'a le plus durement critiqué depuis le début du quinquennat, Nicolas Sarkozy. Car "Nicolas est trop à droite pour gagner la présidentielle"... Une petite phrase qui court de plus en plus souvent à l'Elysée.
Et le président est trop à gauche, pense l'UMP. Il n'y a guère que sur la loi du 23 février 2005, qui reconnaît le "rôle positif" de la colonisation, que le chef de l'Etat a calé. Il n'a pas abrogé. Jusqu'au dernier moment, ses proches ont cru qu'il saisirait le Conseil constitutionnel qui aurait pu "déclasser" l'article 4, au motif qu'il ne relevait pas du domaine législatif — en vertu de l'article 37 de la Constitution. Mais M. Chirac a adopté une solution de la réécriture, pour ne pas fâcher davantage sa majorité, ni la clientèle des rapatriés. Faut-il voir là encore un lointain souvenir du jeune lieutenant qui partit pour l'Algérie française, un jour du mois de mai 1956 ?
La présidentielle de mai 2007, Jacques Chirac n'en sera pas. Du moins comme candidat. Alors, pour ses voeux, moment éminemment présidentiel, le chef de l'Etat n'a qu'une idée : laisser sa trace, sa voie propre, comme il l'avait dit au moment de la guerre d'Irak. En se réservant les annonces, en ne citant pas Dominique de Villepin, alors qu'il avait mentionné chaleureusement Jean-Pierre Raffarin les 31 décembre 2002, 2003 et 2004. En se projetant encore une fois par ses décisions, dans la France de... 2020. Car il ne se sent vivant que dans l'action.
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