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Auteur : Sujet: Innovation ou routine?  Bas
 Gisli
 Messages postés : 896
 Gisli
  Posté le 22/05/2006 15:33:40
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Recherche: L'excellence contre les conservatismes


Chirac subventionne « l’industrie du futur » et néglige la recherche. Pour Alternative Libérale, c’est le monde à l’envers.

C’est en grande pompe que Jacques Chirac a exposé aux Français son plan de soutien public à 6 projets industriels de dimension européenne. L’Agence de l’innovation industrielle, dotée d’un budget de 1.6 milliards d’euros, va déjà consacrer 236 millions aux 5 premiers projets, du moteur de recherche à la télévision sur les mobiles. Cette ambition apparente semble répondre aux exigences d’une compétition mondiale qui exige de chaque pays un renouvellement constant de sa production d’idées. L’innovation est la clef pour ouvrir de nouveaux marchés à forte valeur ajoutée et entretenir une dynamique productrice de richesse. La France montre donc à nouveau sa volonté d’être une puissance motrice en Europe et dans le monde, notamment en affichant un renforcement de son partenariat avec l’Allemagne. Le clinquant de l’annonce ne diminue en rien les motifs d’inquiétude d’Alternative Libérale. Le secteur de la recherche et de l’innovation, cher aux libéraux, reste sur la voie du déclin rapide. Cet effet d’annonce permet surtout d’éviter d’affronter le débat bien plus fondamental concernant l’exode des talents ou la stérilisation de ceux qui restent sur notre territoire.

Une première question se pose spontanément. Quelle idée, pour l’Etat, d’aller s’aventurer dans le secteur des moteurs de recherche ou de la télévision qui bénéficient déjà d’énormes investissements de recherche et développement dans le monde entier ? Certes, quelques grosses entreprises allemandes ont manifesté leur intérêt à participer à certains de ces projets, mais essentiellement pour profiter de l’effet d’aubaine. La France est en effet devenue une véritable corne d’abondance pour les professionnels de la pêche aux aides et subventions. Ces entreprises n’ont pas de raison de se priver. Il est intéressant, à ce titre, de noter la réaction plus que réservée de Neelie Kroes. Le commissaire européen à la concurrence craint qu’une tentative déguisée de subvention se cache derrière ces aides.

Le gouvernement allemand, pour sa part, a fait preuve de plus de bon sens. Il n’a pas donné suite à l’appel du pied de Jacques Chirac, ce qui a provoqué un certain agacement à l’Elysée. Cette tentative de « remettre en marche l’initiative », pour reprendre la formule de Jean-Louis Beffa, visait surtout à sortir notre président du récent échec du CPE. La manoeuvre s’annonce mal. Dans sa logique planificatrice dépassée, l’Etat français persiste à vouloir s’immiscer dans le secteur de l’industrie sous couvert d’aide à l’innovation. Cette augmentation du déficit public, que tous les Français seront amenés à payer un jour, vise hélas à soutenir des projets industriels qui ont leur logique économique propre. Plus grave, ce projet n’aborde pas, en amont, l’urgente réforme de la recherche et de l’université, pas plus que le verrouillage asphyxiant de l’initiative et du développement des entreprises installées en France. Rien n’est fait pour enrayer le déclin inexorable de notre rayonnement universitaire, pour favoriser l’exploitation de ses débouchés et pour stopper la fuite des cerveaux. Permettre à notre recherche de retrouver le rang qu’elle mérite exige une vision d’avenir, de la diplomatie et une réelle volonté politique, tout ce que le gouvernement actuel n’a pas.

Deuxième interrogation : pourquoi le gouvernement ne concentre-t-il pas son énergie et ses moyens, en amont, sur le moteur de l’innovation ? Les universités ont un rôle central à jouer pour favoriser l’émergence d’une recherche fondamentale d’excellence.

En premier lieu, la consolidation d’un socle sain passe donc par la constitution de vrais pôles universitaires de recherche, ce qui implique une redéfinition de l’objet de l’enseignement supérieur. Pour la plupart des universités ou des grandes écoles, leur mission première consiste à former les jeunes générations au monde du travail en leur apportant des compétences utiles. Seul un petit noyau de ces institutions dispose des moyens et des talents pour se consacrer à une recherche ambitieuse. Par ailleurs, la recherche prospère dans les grands établissements qui permettent la confrontation, la stimulation et l’émulation intellectuelles dans un cadre pluridisciplinaire. La recomposition déjà engagée de notre réseau d’universités et de grandes écoles, qui doit permettre aux meilleurs établissements d’atteindre cette taille critique, doit accepter cette césure fondamentale entre la simple formation et la production d’idées, plus élitiste. Pour enrichir ces pôles d’avenir, nos organismes de recherche, souvent monolithiques et peu réactifs, doivent absolument s’intégrer à ce mouvement. Si la France souhaite garder ses meilleurs enseignants, attirer les meilleurs élèves et les meilleurs chercheurs dans l’environnement ouvert actuel, il est dérisoire d’engager une réforme à l’échelle nationale. Pour Alternative Libérale, l’ambition de construire l’Europe de la recherche sur ces pôles restructurés constitue la seule voie d’avenir pour tendre vers la performance et l’excellence dans la compétition mondiale.

En deuxième lieu, cette modernisation du paysage de la recherche, qui lie intrinsèquement recherche et enseignement, nécessite une vraie mobilité des enseignants-chercheurs. Le partage entre le temps de recherche et le temps d’enseignement doit évoluer au cours d’une carrière. Une bonne recherche passe par l’exigence de résultats, c'est-à-dire par l’évaluation. La plupart des chercheurs sont jeunes et motivés par la prise de risque et la pression. En gagnant de l’expérience, il est naturel que la plupart d’entre eux consacrent plus de temps à l’enseignement. Seul un processus impartial d’évaluation permet de juger de la qualité scientifique et managériale des projets, de la contribution à l’amélioration de la capacité d’innovation et, enfin, des retombées. Cette culture implique à la fois un cadre contractuel très souple entre laboratoires universitaires et chercheurs, une réelle autonomie dans l’organisation du travail et la composition des équipes d’élèves et de chercheurs mais aussi des salaires individualisés beaucoup plus attractifs. Pour Alternative Libérale, c’est en établissant de bonnes conditions de travail et des rémunérations satisfaisantes que nous inverserons le flux des cerveaux et des ressources.

En troisième et dernier lieu, une fois le socle posé et les ressources humaines libérées de leur carcan, l’état français pourrait enfin envisager de renforcer son soutien financier au secteur de la recherche. L’augmentation des moyens n’a de sens que si les structures qui hébergent les laboratoires bénéficiaires se révèlent fécondes, en conservant une règle essentielle à l’esprit. Le budget de la recherche doit financer des projets, et non pas des structures, en donnant une priorité à la recherche fondamentale plutôt qu’à la recherche appliquée, même si la frontière est parfois ténue. Une fois ces réformes engagées, les esprits suivront. Ces projets doivent rassembler, dans la mesure du possible, des acteurs issus du secteur universitaire aussi bien que du monde de l’entreprise. L’implication financière de partenaires privés constitue un investissement dans leur image d’entreprises innovantes. Ces projets de long terme peuvent déboucher un jour sur des applications révolutionnaires et de véritables innovations industrielles. La recherche fondamentale est un pari sur l’avenir aussi bien pour la puissance publique que pour les entreprises. Si ce lien de partenariat est encore faible en France, Alternative Libérale considère que de telles réformes contribueront largement à le renforcer.

Certes, ces réformes impliquent un bouleversement progressif de la gouvernance des universités. Conseil d’administration débarrassé des représentations injustifiées des syndicats d’étudiants et du personnel administratif, pouvoirs réels confiés au président sous la surveillance d’un conseil scientifique, autonomie dans la gestion des ressources humaines et abandon du statut actuel des enseignants-chercheurs… Il y a là de quoi remettre notre public de marcheurs contestataires traditionnel dans la rue. Il faut donc procéder sans brusquerie, par tâtonnement en ouvrant la voie à l’expérimentation, à l’évolution locale et en légiférant le moins possible. Le succès des nouveaux modèles et l’esprit de compétition feront le reste. Evidemment, ces réformes ambitieuses exigent des qualités que nos gouvernants n’ont pas. Risquer de bousculer des corporatismes bien implantés présente moins d’attrait, à un an de la présidentielle, que la dilapidation médiatisée de quelques centaines de millions d’euros pour aider des entreprises soigneusement sélectionnées. Braver les conservatismes est le prix à payer pour que la France retrouve une recherche universitaire d’excellence.

Aurélien Veron



Les Français ne sont pas nécessairement plus stupides que le reste du monde, c'est juste une hypothèse de travail assez fructueuse.


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