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Auteur : Sujet: Du mariage  Bas
 Gisli
 Messages postés : 896
 Gisli
  Posté le 26/04/2006 15:09:38
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J'avais abordé ce sujet dans un autre fil.

Citation :

Dans nos sociétés dominées par l'administration, la conception du mariage est très éloignée de celle qu'elle fut dans l'histoire humaine ancienne. "Boire, manger, coucher ensemble, c'est mariage ce me semble ", écrivait Antoine Loisel, jurisconsulte du XVIe siècle: la communauté de vie établissait le mariage mieux que n'importe quel document juridique. Mais l'histoire du mariage est avant tout celle de multiples combats.
Ainsi, un peu partout dans le monde occidental, le front de la lutte se définit aujourd'hui autour du mariage homosexuel. Les lobbies organisés essayent d'arracher ces droits particuliers de la législation existante. PACS, union civile, union libre, les variantes de mariage sont déclinées à toutes les sauces - et chacun en veut sa part. Cela ne va pas sans entraîner quelques réactions conservatrices.
En Espagne par exemple, lorsque l'Eglise catholique s'est lancée dans une étude pour opposer des arguments juridiques contre l'établissement du mariage homosexuel, beaucoup ont protesté contre cette "inadmissible ingérence" de l'Eglise dans les affaires de l'Etat. Mais peut-être que ces gens si prompts à s'indigner devraient commencer par se poser la question de l'inadmissible ingérence de l'Etat dans les relations privées...

Historiquement, il est impossible de savoir depuis quand existe la notion de mariage. Elle semble remonter aux racines de l'humanité, et ne consistait initialement qu'à un concubinage entre les époux, reconnu par leurs familles respectives et la communauté. Même dans l'empire romain, le mariage était fondé sur un consentement continu: faute de consentement, le mariage cessait. L'union était avant tout une affaire privée dans laquelle l'autorité publique n'avait pas son mot à dire.

Au cours du Moyen-Âge, le mariage ne devint un enjeu que lorsque des familles commencèrent à posséder un patrimoine qu'il s'agissait de léguer à des enfants liés à d'autres familles par alliance. Les usages de succession transformèrent rapidement le choix de l'époux en outil politique et économique au service du clan et par ses représentants les plus proches, c'est-à-dire les parents. Ce fut le début des mariages "arrangés", dans lesquels fils et filles étaient perçus comme autant d'occasions d'alliance avec d'autres dynasties. Les innombrables mariages entre les milieux nobles pendant toutes les époques où ces lignées avaient une importance en témoignent. Le petit peuple n'était pas soumis à de telles pressions mais copia une partie des habitudes de la noblesse dans ce domaine.

Il est à noter qu'une des règles élémentaires du mariage, interdisant dès cette époque l'union de proches membres d'une même famille, n'a jamais été motivée par des critères biologiques liés à la consanguinité, qui ne fut découverte que bien plus tard. C'était une règle dictée simplement pour éviter à une famille de perdre la possibilité de deux alliances extérieures, gage de paix durable et de solidarité. Cela n'a pas empêché les unions consanguines d'avoir lieu au cours du temps. Dans de nombreux cas, seule la mère était identifiée avec certitude; en outre, cette interdiction fut appliquée à géométrie variable à travers les époques - par exemple, en France, selon les âges le mariage entre cousins germains fut prohibé ou permis, dans ce dernier cas au nom du maintien du patrimoine d'un clan.

Le premier combat autour du mariage se livra entre les parents et les enfants et fut remporté par les premiers; ce fut l'époque des mariages arrangés. Ils n'empêchaient nullement le concubinage, qui est une forme de polygamie officieuse, ni même, parfois, la polygamie officielle. Charlemagne avait 5 épouses et une demi-douzaine de concubines...

Cependant, un nouvel assaillant se lança à la conquête de l'usage: l'Eglise catholique. Le mariage étant par nature une relation charnelle détournant de l'amour véritable (l'amour du Christ), le dogme fut aménagé pour clamer que seule une union permanente encadrée par les autorités religieuse puisse atténuer le péché de chair qui entachait cette relation. Il ne s'agissait pas d'interdire le mariage mais d'en prendre le contrôle. Dans le combat qui l'opposaient aux familles nobles, l'Eglise avait vu quel avantage elle pouvait tirer en prenant parti pour les enfants, c'est-à-dire la génération de l'avenir, contre leurs parents. Lors du Concile de Latran de 1215, l'Eglise catholique romaine imposa la publication des bans, le consentement public et mutuel des époux et finalement, un âge minimal. Plus de mariages secrets établis par les parents pendant les premières années de leurs enfants: la noblesse était défaite. Même si les unions arrangées perdurèrent, l'Eglise venait de créer le Sacrement du Mariage, et par la même, de se l'approprier. Lors du Concile de Trente de 1542, l'Eglise renforcera son monopole en exigeant la présence d'un curé et la signature d'un registre tenu par les autorités religieuses.

La domination de l'Eglise sur le mariage ne pouvait pas perdurer éternellement et l'assaut suivant fut mené au nom de l'anticléricalisme révolutionnaire: il fallait retirer au clergé son poids dans la vie civile. Et quel meilleur outil que l'Etat pour y parvenir, en usant de la laïcité comme prétexte?

Ainsi, en 1791 la jeune République Française créa le mariage administratif, le seul à avoir désormais la moindre valeur aux yeux des autorités. Dès le départ, la question du divorce était ouverte; celui-ci fut alternativement autorisé et interdit au gré des époques. Le mariage religieux ne cessa pas pour autant mais en France, il fut inféodé à l'acte administratif.
Depuis 1905 et la loi de séparation entre l'Eglise et l'Etat, en France l'obligation d’une cérémonie religieuse du mariage a disparu, instaurant le mariage laïque purement administratif, lavé de toute référence au sacré. Les autorités religieuses ne sont plus autorisées à marier que des couples déjà mariés civilement. Il faut passer devant Monsieur le Maire avant Monsieur le Curé... En France. Cette primauté du civil sur le religieux n'existe pas partout; en Israël, par exemple, ce n'est pas le cas.

La prise de contrôle a réussi mais ne semble pas promise à durer éternellement. D'abord, le mariage s'étiole: les familles composées et recomposées se combinent mal avec la complexité juridique et les obligations liée au divorce. Ensuite, accaparé par l'Etat, le mariage est devenu le centre de taxations ou de subventions diverses, simple composant du méandre administratif gouvernemental: ces aménagements le rendent parfois intenable pour des raisons de fiscalité ou autre. Enfin, divers lobbies réclament une adaptation des lois du mariage à leur propre situation: homosexualité ou polygamie, par exemple, et il est difficile de leur opposer une opposition construite sans tomber dans le piège des jugements de valeur, d'une norme sociale ou d'un modèle de société imposé à autrui.

En effet, au nom de quoi peut-on interdire la polygamie ou le "mariage homosexuel" entre des adultes majeurs et consentants? Si les conditions de libre-arbitre ne sont pas réunies, tout le monde conviendra que le mariage est nul - ce qui implique l'abandon des mariages arrangés entre mineurs ou mineurs et majeurs. L'Etat Français y arrive petit à petit. Hors de cette restriction de bon sens, si on part du principe que les parties concernées par le mariage sont responsables, de quel droit peut-on leur interdire une union de quelque type que ce soit?

Les adversaires du mariage homosexuel avancent par exemple qu'ils sont opposés à un tel type de mariage parce qu'il ouvre l'accès à l'adoption ou ne serait pas conforme aux normes sociales en cours. Même pour le mariage normal, les autorités peuvent émettre un doute sur la volonté d'union d'un couple qui ne semble exister que pour quémander un permis de travail. Ces interrogations sont discutables mais n'existent en premier lieu que parce que le mariage a été englouti sous un dédale de lois et de devoirs annexes, de droits et d'obligations, qui n'ont finalement rien à voir avec lui. Tel est le destin d'un contrat phagocyté par l'administration d'Etat jusqu'à devenir une parodie du sacrement qu'il était sensé être à l'origine pour devenir un noeud dans la toile administrative qui enserre la société civile - tels les couples qui se marient "pour raisons fiscales!"

A toutes les époques et sous tous les régimes, le mariage n'a jamais cessé d'être un contrat. Un contrat implicite, éventuellement établi par les parents au nom de leurs enfants, révocable ou non, mais un contrat tout de même. Aujourd'hui, la responsabilité individuelle est la pierre angulaire sur laquelle se basent tous les contrats. A partir du moment où elle est respectée, un tiers qui souhaiterait l'interdire ne dispose finalement d'aucune légitimité.

Le mariage ne concerne pas l'Etat. Aucune réglementation fiscale, aucun droit ou aucune interdiction liée à l'adoption, aucune obtention de permis de travail ou de voyage ne devrait être liée à un statut matrimonial lui-même géré par l'administration. Le mariage ne devrait être qu'un contrat comme un autre, lié d'une charge religieuse ou non selon la volonté des personnes concernées, et dont les détails pourraient être définis à loisir selon chaque couple. Le mariage "traditionnel" et le PACS pourraient continuer à exister, mais seulement comme bases de travail pour des unions dont le niveau d'engagement sur chaque sujet varierait d'une infinité de manières. Les relations humaines ne peuvent pas se mouler dans un ou deux contrats-types hors desquels il n'y aurait point de salut!

Le paragraphe précédent doit probablement donner des boutons à tous ceux qui estiment que le mariage "devrait" être ceci ou cela. Le mode de pensée conservateur implique de contrôler le mariage pour couler la société dans un moule, mais la stratégie est toujours vouée à l'échec à long terme: l'outil passera toujours entre différentes mains qui s'en serviront pour façonner la société d'une façon qui ne conviendra finalement à personne. Le mariage traditionnel chrétien est battu en brèche par le PACS laïque et le mariage homosexuel, ce dernier étant dans la ligne de mire de ceux qui réclament la polygamie; tous ces groupes sont engagés dans une lutte qui ne peut pas avoir de vainqueur. L'intolérance de chacun empêche toute forme de compromis satisfaisant.

Du reste, c'est se bercer d'illusions que de penser qu'il suffit d'interdire un contrat de mariage d'un certain type devant les autorités administratives pour que ces unions cessent d'exister. Les unions homosexuelles et la polygamie se portent très bien en France en ce moment même, mais de façon officieuse et illégale, ce qui expose à la précarité et l'insécurité les personnes mêmes qu'un contrat de mariage devrait protéger. Loin de célébrer la laïcité républicaine, bien des noces consacrés uniquement en mairie ne servent qu'à faire valoir des autorisations de séjour. Combien de temps faudra-t-il tolérer ces perversions rendues possibles par l'ingérence de l'Etat dans les relations humaines?

Plutôt que d'espérer utiliser le mariage civil ou le PACS comme une sorte d'outil au service d'une ingénierie sociale, le mariage-qu'il-nous-faut, le mieux serait de laisser les relations d'engagement dans une sphère privée qu'elles n'auraient jamais dû quitter. Dans une société libérale, le mariage d'Etat n'existerait pas. Chacun pourrait contracter auprès de l'autorité de son choix, civile ou religieuse, les engagements qu'il souhaite. Toute forme "d'union" serait envisageable, celle-ci pouvant couvrir ou non des aspects allant de l'éducation des enfants au legs du patrimoine en passant par les modalités d'un éventuel divorce; le tout serait que les droits et les devoirs soient entérinés par les parties concernées.

Il existe un dernier point en regard des relations entre mariage et libéralisme; certains avancent que de chérir la liberté comme une forme d'indépendance est incompatible avec le mariage, qui est dans sa signification courante un engagement dans la durée. Ces gens n'ont pas compris l'essence du libéralisme, qui n'est pas le refus de s'engager, mais la liberté de décider des modalités de son engagement. Un libéral peut tout à fait accepter de se lier de façon définitive... Tant que ce choix a pu être librement décidé!



Les Français ne sont pas nécessairement plus stupides que le reste du monde, c'est juste une hypothèse de travail assez fructueuse.

 Reichstadt
 Messages postés : 269
  Posté le 27/04/2006 00:42:35
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Je vais vous taquiner, pour un salarié d'une administration que vous décriez tant, elle semble etre bien clémente avec vous vu le temps que vous vous accordez pour vous échiner ici!

Rassurez vous, j'en fais de meme quand j'ai du temps et parfois j'en ai beaucoup.

 Gisli
 Messages postés : 896
 Gisli
  Posté le 27/04/2006 09:16:26
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Mais vous ne taquinez pas. Je travaille en horaires décalés et les heures sup' que je fais je les prends en récupération au lieu de les faire payer.

Ceci dit je ne décrie pas tant l'administration en elle-même que la monomanie compulsive française qui ne voit de salut qu'à travers la solution administrative. 25% des salariés de ce pays travaillent pour l'état, je ne crois ps que cela soit un état normal.

Les Français ne sont pas nécessairement plus stupides que le reste du monde, c'est juste une hypothèse de travail assez fructueuse.

 Reichstadt
 Messages postés : 269
  Posté le 27/04/2006 12:49:54
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Bon, entre décalés on va essayer de se comprendre!

 alexandre
 Messages postés : 100
 alexandre
  Posté le 27/04/2006 13:57:44
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Mais la polyandrie est une forme de polygamie. Vous voulez donc parler de polygynie et ployandrie ?

http://img519.imageshack.us/img519/9823/logomjbne6.png

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