Lannes Messages postés : 1381 |
Posté le 03/06/2006 22:08:13 | | Citation : Quelques bons conseils
vendredi 2 juin 2006, par Christian Scherer
(extrait de "PLUS DE PROCES : véritable conseiller en affaires", publié en 1864 par la Grande Librairie Napoléonienne, pp 398 à 404)
De la prudence en affaires
Quelques bons conseils
Homme, réfléchis souvent et examine bien tes facultés, tes rapports et tout ce qui t’environne ; ne parle, ni n’agis jamais sans avoir bien songé au but où tend chaque pas que tu fais, chaque parole que tu profères ; tu t’épargneras ainsi beaucoup de disgrâces et de chagrins.
Sache que l’homme irréfléchi se trouve à chaque intant dans des positions difficiles, qu’à chaque pas il heurte ou est heurté et qu’’il est souvent semblable à celui qui, voulant franchir une haie, se lance étourdiment et va tomber dans un fossé qu’il n’apercevait pas de l’autre côté.
Ne prends jamais de décision dans la colère ; celui qui se décide à une entreprise dans cet état, est semblable au marin qui met à la voile au moment de la tempête.
En affaires, agis toujours dans ton sang-froid ; garde-toi de prendre de l’humeur pour des plaisanteries qui auraient pu te choquer. Si tu as affaire avec des hommes colères, mets un peu d’eau sur le feu, en leur répondant avec une politesse digne ; ne réponds rien aux gens d’un caractère hargneux, agis envers ces derniers comme l’on fait avec les chiens qui aboient : ne te retourne pas, ils aboieraient plus fort ; coupe la conversation, ils cesseront bientôt.
Ne trompe pas dans les marchés, avertis des vices rédhibitoires, livre loyalement ; ainsi, tu épargneras beaucoup de travail aux huissiers et aux gens de loi. Evite un procès ; quand on plaide, on ne gagne pas toujours, il en coûte toujours très cher pour avoir raison. Quand il faut employer les huissiers, les avoués, le timbre et l’enregistrement, l’argent va toujours très vite, et les affaires fort lentement.
Si tu plaides, transige aussitôt que tu le pourras ; perds quelque petite’chose s’il le faut, et tu gagneras ; encore ton temps, tu t’épargneras des démarches coûteuses, et pourras profiter de la tranquillité de ton esprit pour vaquer à d’autres affaires.
Fais reconnattre par écrit tout ce qui t’est dû (1), ne serait-ce que sur ton carnet ; car la mémoire des débiteurs est qûelquefois paresseuse ; et puis, il n’y a rien de plus certain que la mort et rien de plus incertain que la vie : ne t’expose pas à avoir recours aux enquêtes, elles sont toujours difficiles et très coûteuses, sans compter elles ne sont pas admises dans tous les cas.
Sois juste envers autrui, ne fais jamais ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit, et l’on sera juste envers toi par esprit de réciprocité ; au contraire, si tu trompes, tu excites les autres à chercher à te tromper ; si tu nuis, tu suscites l’idée de te nuire ; si tu jettes une pierre à ton voisin, il peut se faire qu’il t’en jette deux par esprit de représailles.
Ne ternis la réputation de qui que ce soit ; ne sois pas l’écho de la médisance ou de la calomnie si tu ne veux pas te créer des ennemis en pure perte qui, un jour, se mettront en travers de tes projets. Ne profère jamais d’injures, qu’aucun mot grossier ne vienne salir tes lèvres, sois toujours d’une politesse digne.
Ne fais jamais d’affaires à crédit avec les gens posé. dés de l’amour des plaisirs et du luxe, avec les paresseux et les gourmands, avec les personnes de mauvaise vie ou d’autres personnes de moralité douteuse. Crains le grand et le riche qui te comblent de prévenances inusitées ; crains l’hypocrite, dont l’unique soin est de cacher ce qu’il pense ; crains-les tous, quand ils t’invitent à dîner : si tu acceptes, tâche de découvrir le but qu’ils veulent atteindre en se mettant en rapport avec toi ; crains l’avare : ce dernier prête toujours à usure, alors même qu’il rend service ; tu ne pourrais satisfaire son avidité. Ne reçois pas de services de plus petit que toi, ni de l’homme léger ; ces derniers te couvriraient de honte par leurs indiscrétions ; prends des précautions contre celui qui a l’habitude de plaider. Énfin, ne fais d’affaires qu’avec les gens que tu connais bien ; fais-en peu, et après mûre réflexion ; n’en fais qu’une bonne tous les ans, si tu ne peux pas en faire davantage. Au bout de vingt ans, tu auras fait vingt bonnes affaires, et tu seras dans l’aisance. Ne te presse pas, attends les bonnes dispositions des autres ; fais pourtant quelque chose pour te trouver en présence de bonnes occasions ; sois toujours prêt à profiter de ce qui te sera favorable.
Ne signe d’actes sous-seing privé qu’avec des gens probes, coulants en affaires et surtout solvables. Avec des hommes difficiles, peu exacts, à moitié bons, il te faut toujours des actes notariés (exécutoires). N’oublie pas qu’un acte sov seing privé n’est exécutoire qu’au moyen d’un jugement, qui n’a de date réelle que celle de son enregistrement.
Créancier, sois sévère, mais n’insulte jamais ton débiteur ; quand tu l’insultes, tu intervertis les rôles, tu donnes des droits contre toi, et tu perds les tiens.
Si tu es créancier, dis du bien de ton débiteur ; relève sa réputation, relève son crédit ; fais comme si tu étais disposé à lui prêter encore ; mais sois exact et sévère le jour de l’échéance.
Marchand, modère tes bénéfices. Acheteur, modère tes désirs quand tu prends à crédit.
Si tu es obligé de faire citer ton débiteur pour des sommes au-dessous de 200 fr., contente-toi, le plus souvent, de prendre jugement et inscrïption.
N’oublie pas que celui qui veut faire opposition à un jugement de justice de paix n’a que trois jours, y compris celui de la signification. Fais donc que la significaion n’ait lieu que le vendredi soir : si ton débiteur ne bouge pas le samedi, le lendemain est jour férié, les huissiers ne peuvent instrumenter, et le lundi il ne sera plus recevable pour former son opposition. L’affaire restera bien jugée.
Si tu es porteur d’un effet de commerce, n’oublie pas de te faire faire ton protêt le lendemain de l’échéance, et a dénonciation dans la quinzaine, afin de te conserver la garantie de tes endosseurs.
Si tu es porteur d’une lettre de change, fais protester, montre les dents à ton débiteur et tiens-le, quelque temps, sous le coup de l’incarcération ; et si tu juges à propos d’en venir à cette extrémité, consigne régulièrement les frais de nourriture tous les trente jours jusqu’à neuf heures du soir, et non tous les mois dont la durée est de trente et un jours ; sans cette vigilance, ton oiseau t’échapperait, et ta créance se trouverait entièrement compromise.
Avec les jeunes gens qui ne payent pas leurs dettes, n’attends pas que le nombre de leurs créanciers s’augmente encore ; fais citer, prends jugement et puis intente action ; quand leur position se sera améliorée par héritage ou par un changement de conduite, tu seras en règle.
Si tu as un jugement par défaut, il te faut un acquiescement par écrit de ton débiteur ; s’il refuse, tu feras faire un procès-verbal de carence par ton huissier. N’oublie pas qu’après six mois tous jugements par défaut, excepté ceux des justices de paix, sont comme non avenus, et que dans ce cas tous les frais avancés par toi seront perdus.
Si tu connais à ton débiteur des sommes en dépôt, des rentes constituées, etc., fais faire, au plus vite, une saisie-arrêt, et le tiers détenteur ne pourra plus se dessaisir qu’en ta faveur. Tâche de découvrir quelque créance de ce débiteur ; fais que celui qui lui doit fasse prendre jugement, te voilà en mesure. Il est dommage que les rentes sur l’État et les actions de la banque soient à l’abri de ce moyen qui est fort commode. On ne peut aussi faire retenir qu’une faible partie des appointements de messieurs les employés (un cinquième).
Si ton débiteur cherche à mettre ses meubles à l’abri par des ventes simulées, au moyen de prête-noms, prends patience, les amis se lasseront de soutenir la mauvaise foi ; étudie pendant ce temps les art. 1167, 1464, 1466, 622 ; du Code Napoléon. Tâche aussi d’appeler en serment les soutiens du mauvais payeur : la plupart n’auront accepté que apar légèreté et sans réflexion : ils ne seront pas tous assez intrépides pour venir lever la main contre leur Conscience.
Maçons, charpeniers, peintres, serruriers, allez au bureau des hypothèques avant de vous engager dans vos entreprises, il ne vous en coûtera qu’un franc. Réglez vos comptes tous les six mois, prenez inscrïption aussitôt que vous le pourrez ; puis, donnez du temps si vous Voulez. Ne vous endormèz pas dans une confiance aveugle. Renard qui dort n’a pas souvent gueule emplumée.
Héritiers, attendez que vos cohéritiers mineurs aient atteint l’âge requis pour pouvoir faire notre partage amiable et définitif.
Vous, cohéritiers majeurs ; vous pourriez toujours faire votre partage, établir les lots ; les tirer au sort, fixer les soultes amiablement, vous entendre et régler le tout par acte sous seing privé. Cet acte ferait votre loi et vous lierait aussi bien que des conventions réçues par un notaire.
Mais s’il y a des mineurs, des absents, des interdits, alors il faut t’avoir recours aux scellés, aux inventaires, aux demandes en justice, à l’estimation ; à la formation des lots devant le juge, aux liquidations, à la vente en justice des immeubles qui ne peuvent se partager, et le tout en se conformant à la loi, etc.
Vous, pères de famille, vous feriez tous très bien de régler d’avance la succession que vous laissez à vos enfants, vous leur éviteriez ainsi de grands frais et des contestations souvent passionnées et toujours pénibles.
D’après l’art. 4075 du Code Napoléon, les partages faits par les père et mère sont inattaquables, pourvu qu’ils soient faits d’une manière équitable. On ne peut les attaquer que quand il y a lésion de plus d’un quart de la succession.
Ne craignez pas que vos enfants puissent aliéner leur part de succession après le partage que vous auriez fait à l’avance. D’après la loi on ne peut jamais vendre la succession d’une personne vivante, pas même de son consentement.
N’écoute pas l’homme de loi qui f e conseille de plaider contre ton parent ou contre ton voisin. Si tu crois avoir quelques droits, souviens-toi au moins, qu’on perd souvent un procès avec de bons droits ; tâche plutôt d’a mener une transaction.
Ne te laisse jamais emporter par le premier mouvement ; que tes décisions soient prises en état de sangfroid ; sois toujours franc, ouvert dans tes affaires ordinaires, impénétrable quelquefois dans les plus importantes ; mais évite l’air fin : celui qui paraît fin ne l’est qu’à demi ; que les obstacles t’animent au lieu de te rebuter ; sois persévérant : un échec ne doit jamais t’abattre ; recule, si tu veux, mais pour mieux avancer ; n’aie pas l’air pressé ; fais pourtant naître les occasions, si cela se peut ; et quand elles te seront favorables, profitesen, et tâche de conclure aussitôt.
--------------------------------------------------------------------------------
(1) Bouchers, boulangers, tailleurs, bottiers, etc., n’oubliez pu e vos droits pour fournitures se prescrivent par six mois.
|
On a notre Kipling.
|